dimanche 27 avril 2014

De la violence

Pour la plupart des gens, la violence est un instinct naturel chez l'être humain, en particulier chez les hommes. De nombreuses œuvres essaient en effet de montrer combien les hommes sont naturellement violents et près à user de leur force pour assurer leur sécurité ou leur confort. C'est une règle bien établie à l'intérieur de nos têtes que la violence est inhérente à la nature des êtres humains et que nous en avons besoin pour survivre dans un monde implacable.

Pourtant... En avons-nous réellement besoin ? Sommes-nous réellement programmés génétiquement pour user de violence, verbale et physique, lorsque nous pensons être en difficulté ?

C'est ce que les idées reçues nous apprennent : la violence est nécessaire, même à un niveau minimal, pour s'assurer une place dans le monde.

HUG ! Moi être homme viril et violent !

Pourtant, les neurosciences nous apprennent que ce n'est peut être pas le cas. La violence, comme de nombreux autres comportements humains, serait l'une des résultantes de nos apprentissages... Après tout, pourquoi pas ?
Laissons Mme la Dr Muriel Salmona nous entraîner sur cette piste qui, en un éclair, nous en apprend beaucoup sur les inégalités femmes / hommes d'hier et aujourd'hui.



Cette grande dame est l'auteur d'un livre fantastique intitulé "Le livre noir des violences sexuelles" (Edition Dunod), mais aussi la présidente de l'association Mémoire Traumatique et Victimologie. Et ses travaux sur la violence sont tout simplement époustouflants. Vous pouvez en retrouver un résumé sur le site de l'association !

Les travaux de Muriel Salmona (2008, 2013)

Etrangement, toutes les hypothèses partent des syndromes post-traumatiques que présentaient de nombreux soldats de la Seconde Guerre Mondiale, du Vietnam, et d'Indochine. De nombreux symptômes comportementaux apparaissent, des conduites suicidaires, l'impression de revivre certaines scènes à l'identique... Ces éléments sont également retrouvés chez les survivants des camps de concentration.
Ces comportements et ces symptômes envahissent durablement et sévèrement la vie des victimes, et finalement induisent une perte de chance pour ces personnes.

C'est à cause d'un mécanisme de sauvegarde du cerveau, qui, mis en face de violences, ne peut qu'agir de façon exceptionnelle.
En effet, nos souvenirs autobiographiques (en quelle année on est rentré en CE2, ce qu'on a eu pour son précédent anniversaire, etc.) sont stockés dans le cerveau dans le système limbique, en particulier dans une petite zone qui s'appelle l'hippocampe.
Dans un cas de violence, se déclenche l'organe de la peur, l'amygdale, qui va tenter de gérer, de trouver une stratégie (avec l'aide d'une autre partie du cerveau, le cortex associatif), pour éviter de soumettre l'organisme et le cerveau à un tel stress qui ne peut pas durer. Mais dans un cas de violence extrême, ce réseau est mis en échec : il n'y a pas de solution, alors le niveau de stress augmente sans s'arrêter, et le cerveau produit un taux d'adrénaline qui risque de devenir très dangereux pour l'organisme.
Seule solution pour le cerveau : tout débrancher d'un seul coup en produisant des drogues très puissantes, avec des compositions proches de la kétamine...
Débrancher l'amygdale en produisant ces drogues ne fait qu'endiguer le phénomène qui reste actif : le système est coupé, les émotions de la victime s'émoussent et elle devient capable de "supporter" la situation.
Les conséquences de cela sont dramatiques : couper le système empêche la victime de placer les souvenirs de la situation de violence dans sa mémoire à long terme, donc dans l'hippocampe et ces évènements ne sont jamais intégrés. Ils restent coincés dans une bulle, dans la mémoire traumatique.

Ces souvenirs piégés vont avoir des conséquences dramatiques : comme les souvenirs réapparaissent parfois inopinément, à l'identique de ce que la victime les a vécus, la personne va chercher à se débrancher une nouvelle fois pour couper court au stress en adoptant des conduites à risque à tous les niveaux (physique, émotionnel, sexuel) ou alors en adoptant également des conduites d'évitement pour éviter de raviver le souvenir. Par ailleurs, envahies par le souvenir, ces victimes vont également présenter des troubles cognitifs (troubles de l'attention, de la mémoire, de la flexibilité mentale). En somme, la vie entière des victimes va être colonisée par ces souvenirs mais aussi par la mise en scène de l'agresseur.

Vous retrouverez des explications plus détaillées dans le livre de Muriel Salmona, ou bien sur le site de son association. N'hésitez pas, c'est clair, précis, et ça donne vraiment à réfléchir sur la manière dont on envisage la violence dans notre société.

De quelles victimes on parle ?

 De toutes les victimes !
Y compris les victimes de violences conjugales mais aussi les victimes de violences sexuelles.

Toute l'existence même de la violence est remise en cause par cet ouvrage parce que c'est l'existence même de violence qui engendrerait la violence chez les êtres humains : parmi les conduites adoptées par les victimes, certaines conduites dissociantes pourraient les amener à devenir elles-mêmes des agresseurs (Salmona, 2013).
La violence serait donc un véritable problème de santé publique qui touche tout le monde, à son niveau, car, chacun perpétue la violence sans forcément en avoir conscience, notamment concernant l'omerta sur les victimes de viols ou de violences conjugales.
Touchant en majorité des personnes discriminées, vulnérables et dépendantes, les enfants, les femmes et les personnes handicapées, ces violences doivent être dénoncées pour que cesse le déni.

Plaidoyer contre la violence : donner son consentement dans la violence ?


Finalement, ce que Muriel Salmona nous propose est un véritable plaidoyer contre la violence et pour l'empathie envers les autres êtres humains, en particulier à l'égard des femmes qui les subissent de façon très spécifique pour que continue de s'exercer la domination masculine.
Non, ce ne sont pas les mêmes droits qui s'exercent pour les hommes et pour les femmes. A partir de là, la notion de consentement est galvaudée : qui renoncerait à ses droits pour être battu, torturé, humilié ?

Les femmes ne sont pas des objets sur lesquels on peut exercer librement sa haine et faire disjoncter sa propre mémoire traumatique, qu'elles soient jeunes, vieilles, prostituées, célibataires, mères de famille.
Les enfants non plus ne sont pas des objets : quand on sait que c'est à leur encontre que sont exercés la majorité des violences sexuelles, comment croire encore que ce sont les femmes qui suscitent une séduction à laquelle la prédation des hommes ne saurait résister ?

Il est temps que la société envisage la violence sous un autre angle et cesse de penser les rapports entre les femmes et les hommes comme basé uniquement sur la prédation et la violence. Il est temps de lutter contre les idées reçues qui finalement pourrissent la vie des êtres humains, qui ont finalement tout l'équipement cérébral pour être empathiques avec leur prochain (Salmona, 2013).


Références (à lire !) :



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