samedi 1 mars 2014

La création artistique : tournage en rond et consommation de masse

Parce que je suis pas complètement cloche, je vais quand même faire suite à la lecture qui a clôt mon année 2013 : La Gratuité Intellectuelle, Pour une Véritable Révolution du Numérique, de Laurent Paillard (2013).
Pourquoi cette lecture ? Pourquoi en parler ici ? Parce que la création et la consommation de biens culturels est aujourd'hui notre quotidien, et qu'il s'agit, à l'heure des échanges sans précédent permis par Internet, d'un enjeu féministe et militant très important.
En effet, comme je l'ai déjà souligné précédemment, dans le domaine de l'égalité femmes-hommes, on tourne un tout petit peu en rond. Pour ne pas dire beaucoup. D'ailleurs, on tourne tellement qu'on se dévisse le cou.


En effet, Laurent Paillard y développe de nombreuses idées, sur de nombreux thèmes différents qui nous font remettre en perspective ce qu'est et ce que n'est pas la propriété, ce qu'est l'art, ce qu'est l'enjeu de la massification de l'accès à l'art, et ce que cela peut engendrer à l'heure du numérique et à l'égard des aspects juridiques.

Je vais essayer de m'inspirer de ce que j'ai retenu pour vous faire un petit résumé, et finalement, poursuivre et effectivement achever ce que j'ai démarré en fin d'année sur la création artistique.
J'espère ne pas dénaturer le message de l'auteur et vous invite, de tout mon cœur, à lire le livre : c'est une perspective dont nous avons tous besoin sur la société actuelle.

La propriété : pourquoi faire ?


Le droit de propriété, donc à posséder un objet, réclame l'égalité dans cette possibilité de propriété : oui, c'est un peu compliqué, mais ce qu'il faut en comprendre, c'est que si nous sommes tous égaux en matière de propriété, cela implique qu'il est impossible de tout s'approprier, et que chacun doit pouvoir posséder quelque chose. Cela implique l'impossibilité de posséder certaines choses, comme... les ressources naturelles par exemple. , il faut en laisser aux autres.
A l'heure du numérique, posséder des données sous le format numérique permet de produire de l'argent avec peu de contraintes matérielles : en effet, on peut dupliquer ces données avec pour seule contrainte... le support sur lequel se trouvent les données.
C'est la définition même de la rente : gagner de l'argent "à l'infini" avec peu de limitation. Et à partir de là, c'est une production de richesse à partir de "rien", et on peut donc s'interroger sur la capacité même à devenir propriétaire de quelque chose qui peut permettre de vendre sans limitation.

De ce point de vue, il y aurait des choses à analyser et à observer autour du principe même de la monnaie, mais je vous laisse lire le livre, mais aussi les spécialistes du domaine à ce sujet qui donnent une autre perspective à la "valeur", même si ce thème sera abordé juste après de façon succinte.

La consommation, le travail, et les biens culturels


Aujourd'hui, nous vivons dans une société de consommation de masse : chaque chose, chaque objet, chaque élément du monde ou presque, peut être acheté et détenu par des personnes. Pour obtenir ces choses, nous devons bien évidemment avoir de la monnaie et donc... travailler.
Cet argent est un média entre notre travail (qui du coup est compté en valeur d'argent) et ce que nous pouvons acquérir.

D'autre part, dans notre société, actuellement, on a tendance à séparer ce qu'on appelle le travail manuel et le travail intellectuel. Le travail manuel serait un travail d'exécution directe, tandis que le travail intellectuel serait destiné à penser ce travail à l'avance, notamment pour le rendre plus efficace.
Cette séparation entre ces deux types de travail ne favorise évidemment pas une implication des personnes dans leur travail, personnes qui s'interrogent sur le pour quoi de leur travail : "pour quelles raisons je travaille ?"

Enfin, notons que la monnaie est actuellement dématérialisée : on engrange ainsi ce qu'on pense être une richesse... sans véritablement savoir ce que l'on engrange puisque cet argent peut disparaître avec la faillite des banques...

Il se trouve qu'on fait pareil avec les objets, mais surtout, avec les biens culturels dématérialisés. Pensez à ces personnes qui téléchargent un nombre de données très important sans vraiment exploiter ces contenus...
Il est important de le préciser car, de prime abord, on pourrait croire que l'auteur envoie sur les roses les défenseurs de la gratuité intellectuelle, mais non : il remet simplement en cause le fait d'engranger pour engranger.

Les biens culturels VS les œuvres d'arts

On va toucher un point sensible par rapport au sujet qui nous préoccupe sur la culture actuelle qui semble parfois tourner en rond.
En effet, l'auteur nous invite à faire la différence entre ce qu'est un "bien culturel" et une "œuvre d'art".

Le bien culturel peut être produit en masse ; il ne nécessite pas une attention aussi soutenue qu'une œuvre d'art puisque celle-ci est par définition unique en son genre. Le bien culturel se consomme (comme nos séries actuelles, que ce soit dans le domaine des livres, de la télévision, des sagas à rallonge de jeux-vidéo...) tandis que l’œuvre d'art s'apprécie, se jauge, bouscule (comme par exemple Les Misérables de Victor Hugo, ou encore le jeu Starwars : Knight of The Old Republic premier du nom...).


D'ailleurs, si on regarde bien, l'auteur nous fait bien remarquer que généralement, les biens culturels se renvoient les uns aux autres pour n'être finalement plus que des symboles d'autres symboles, ce qui va impliquer une perte à la fois de valeur (l'élément n'est plus "unique") mais aussi une perte de repère à partir du moment où ce symbole s'improvise directement dans notre "réalité".
A notre niveau, on peut penser à ces images de femmes hypersexualisées qui traînent de partout et qui proviennent à la base des pin-ups, puis des films de charme ou des films pornographiques et... qui sont maintenant la norme dans un nombre incalculable de médias (films, publicité, clips...)

Et là dedans, qu'est ce qui nous intéresse ?

Dans le principe, je dirai tout, si notre but est l'égalité, puisque s'arroger la propriété de biens culturels est une hérésie. Cette propriété permet de produire une rente et donc de donner un droit à la propriété démesuré à celui qui vend.
Ce n'est donc pas un principe égalitaire, d'une manière ou d'une autre.

De façon plus précise, c'est une explication (si ce n'est l'explication) au fait que la création de biens culturels, mais aussi artistique tourne en rond : en effet, les biens culturels que nous connaissons et consommons se ressemblent car les "créateurs" se lancent dans des projets qui ressemblent uniquement à ceux qui ont déjà fait recette...
Et on aboutit donc à 12 Call of Duty d'affilée, des sagas qui n'en finissent plus de s'allonger : 3 Dead Space, un futur Mass Effect 4 dont on se demande pourquoi faire, plus de 150 épisodes de Bones où tout ne doit pas se valoir...

Bref, juste de quoi flatter les cerveaux déjà exercés à consommer.

Moi honnêtement, je me pose la question au bout d'un moment : est-ce que c'est réellement ce que nous voulons ? Toutes les personnes qui participent actuellement au combat féministe, et donc égalitariste, doivent se poser la question puisque s'inscrire dans cette démarche, c'est sortir de la norme établie par le système de domination patriarcal (et souvent raciste...).

Aujourd'hui, un vent nouveau souffle sur la création grâce à tout le système d'échange libre de droit (finalement, pas libre de droit d'auteur, mais libre de droit de propriété...) et donc essentiellement grâce aux artistes indépendants.
De là viendront peut être de nouveaux contenus, plus diversifiés, plus intéressants, plus stimulants, plus complexes.

Comme je le dis souvent, il ne fait pas bon nourrir son cerveau avec les mêmes informations : c'est le risque de la pensée unique et finalement totalitaire... Il faut donc se nourrir de biens culturels diversifiés, aller chercher du nouveau, créer du neuf aussi pour voir éclore de nouvelles idées et perspectives...

Avoir un peu d'esprit critique sur ce qu'on consomme.

Et balancer la merde aux orties, ça marche aussi.








1 commentaire:

  1. L'analyse est très intéressante et très pertinente.

    Cependant, si c'est là une explication "de fait" à l’appauvrissement du paysage culturel, il y a à mon avis d'autres raisons en amont. Autres raisons (économiques bien sûr) qui exploitent précisément cette facilité de duplication et "flatte les cerveaux déjà exercés à consommer" (je trouve cette formulation excellente).

    C'est un système qui pourrait presque s'auto-entretenir (grâce à la télévision notamment), mais heureusement, des productions "publiques" comme les financements participatifs échappent tant bien que mal à ce contrôle absolu des majors de tous ces domaines culturels. La propriété culturelle devient partagée, et même s'il se "consomme" parfois, cette consommation a davantage de sens qu'une simple "accumulation" de biens...

    En tous cas, difficile de ne pas approuver la conclusion ;)

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