mercredi 19 février 2014

Les femmes sont surtout des corps... et l'empathie dans tout ça ?

Au cours d'une longue errance sur Internet pour trouver une information pertinente à propos d'un film, me voilà tombée sur un site ô combien connu des cinéphiles de tous poils, le bien nommé "Allociné". J'avoue ne pas beaucoup aimer ce site, notamment en raison des nombreux articles plus ou moins vaguement "people" qui m'intéressent, je dois bien l'avouer, assez peu...

http://golem13.fr/game-of-cats/
Ils se ressemblent tellement...


Et quelle n'est pas ma surprise de trouver un encart pour le moins sibyllin avec un titre aux petits oignons : "Emilia Clarke de Games of Throne est la femme la plus désirable du monde".

Il n'en fallait pas plus pour accrocher mon regard : un titre racoleur comme ça, vous pensez bien...

Et mamamia ! Quelle horreur ce pseudo article où il s'agit surtout d'un diapo où la majorité des femmes présentées sont à moitié nues... Comme je l'ai déjà précisé sur ce blog, je n'ai rien contre les femmes nues, mais tout contre la fréquence à laquelle on présente des femmes nues (notamment par rapport à la fréquence où on présente des hommes nus...). J'aime également beaucoup qu'on précise que cette "distinction" appliquée par un magazine masculin est honorifique : une femme doit se sentir honorée qu'on lui dise qu'elle est bonne... Ca vous rappelle rien ?

Mais le must du must dans ce "dossier" (oui, les guillemets me paraissent importants, j'ai du mal à y voir un quelconque "dossier"), comme souvent sur Internet, ce sont les commentaires. Et ils sont saisissants.




Et vous avez donc tout un tas de commentaires de cet acabit : "tout est une affaire de goûts. Perso, j'aurais mis Jessica Chastain, Laura Helena Harring (Mulholland drive), Rosario Dawson, Monica Bellucci, Julianne Moore, Noomi Rapace, Amy Adams, Nathalie Portman, Pénélope Cruz, Mila Kunis, Asia Argento, Marion Cotillard, Kirsten Dunst, Lucy Liu, Maria Bello, Beatrice Dalle, Mylène Jampanoï, Scarlett Johanson, Gong Li" (Benoît Cailly), ou vous avez aussi, dans le genre sympathique : "Je suis en total désaccord avec le numéro 1 du classement. Je prépare une pétition en ligne." (Skol_Vikings).

Bref, une majorité de commentaires sont dans la même mouvance : nous sommes donc à la charcuterie, mes amis.

Vous avez donc une majorité d'hommes qui sont, le plus naturellement du monde, en train de juger et de critiquer le physique des femmes, et leur degré de baisabilité.

Pas que j'ai quelque chose contre les désirs qui habitent la plupart des êtres humains de cette planète, mais il y a quand même lieu, il me semble, de s'interroger sur cette forme de discours, totalement admise pour les hommes envers les femmes, et pas vraiment quand il s'agit de la situation inverse.

Heureusement, au milieu de la mêlée, un commentaire me saute aux yeux :
"Tiens tiens... Aucune levée de boucliers face à un diapo où il faut cliquer ? Pas une critique sur le fait que ce soit people ( oui parce qu'à la limite ça serait un top avec que des actrices) ou totalement inutile ?
Tiens tiens...
Bah moi je vais le faire. Article inutile et totalement subjectif. Je plains ces femmes qui ne sont vus que comme des filles sexy ou désirable et où on se fout totalement de leur jeu et de leur personnage. A quand des articles de fond ? Ou à quand le top 10 des hommes les plus désirables ? (Tant qu'à faire si vous voulez rester dans le thème)
Voilà. Sur ce je retourne lire des choses intéressantes." (Carrow).

Voilà qui me redonnerait presque foi en l'humanité.

Non parce que le problème principal de ça, c'est qu'on est toujours dans une vision de dominance sur les femmes qui sont objectivées : elles n'existent pas en tant qu'êtres humains, mais en tant que corps, et uniquement en tant que tels.

Mais comment se sentiraient ces hommes, qui critiquent si facilement ces femmes, si on critiquait ainsi leur propre anatomie ? Ne se sentiraient-ils pas mal ? Ne trouveraient-ils pas qu'on les prend pour du bétail ?
Ces hommes se soucient-ils des sentiments, des envies, des idées de ces femmes ? Peuvent-ils ressentir de l'empathie à leur égard ?

Parce que, même si le discours reste, je dirai, relativement tout public, on n'est jamais très loin de la parole des clients sur les femmes prostituées. Ces paroles crues, mordantes, qui mettent à mal toute la dignité que peut avoir un être humain. Ces paroles qui comparent un corps à un autre, comme si toute autre sensibilité n'existait pas.

Il serait bon, parfois, que les hommes, je dirai même plus, que les personnes issues des classes en situation de dominance (homme, blanc, hétérosexuel, etc.) s'interrogent sur les mots qu'elles utilisent.à l'égard des autres "classes".

Non parce que, soit disant que la lutte des classes est finie, mais quand on lit des choses comme ça, quand on observe un peu la sémantique et la manière de faire, on a de quoi se sentir dégoûté... et pas qu'un peu.

Les femmes ne sont pas des morceaux de viande sans cervelle. Que les gens finissent par se rentrer ça dans le crâne. De gré... ou de force.





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