dimanche 21 juillet 2013

Le concept de "genre" : la nature de la question renvoie à la culture de nos préjugés

Suite à un commentaire particulièrement intéressant sur mon dernier billet, je me suis dit que j'allais quand même faire un billet sur le concept de "genre". Tout le monde en parle en ce moment, y compris pour rétablir des vérités importantes, mais je ne sais pas...
J'ai l'impression que la connaissance s'égare à force.
Alors, j'aimerai clarifier, autant que possible, ce genre de concept, pour que chacun sache au moins un minimum en quoi cela consiste, même si cette personne tombe par ici tout à fait au hasard.
C'est quand même important dans un contexte où on souhaite que tout le monde accède à la connaissance scientifique. C'est également important quand on vit dans un pays dont la devise est "Liberté, EGALITE, fraternité".

Je reviens donc sur le fameux commentaire qui s'achevait sur cette phrase ô combien pleine de bon sens : "Il y a des différences entres les hommes et les femmes et vous vous efforcez de le nier. Je ne sais pas pourquoi vous faites cela."

Il me semble bien que nous sommes en plein dans le problème posé par le concept de "genre" que j'ai évoqué plus haut. Pourquoi y sommes-nous, pourquoi dois-je y faire appel pour répondre à ce genre d'invective ?



Parce que c'est là le noeud d'un problème épineux qui touche la conscience collective au plus profond de ses fondations.

On va parler clairement, si vous le voulez bien.

Je ne nie rien du tout, pour commencer.

OUI, il existe des différences entre les hommes et les femmes : les hommes ont un pénis et les femmes ont un vagin. Tous deux produisent de la testostérone mais aussi des oestrogènes (si si) à des taux effectivement DIFFERENTS.
Il n'est pas prouvé par des études sérieuses que ces éléments influent directement sur le comportement des uns et des autres (je me réfère ici aux travaux cités par la neurobiologiste Catherine Vidal).
Non parce que si on commence à chipoter, on va dire que la testostérone augmente l'agressivité et que les règles rendent les femmes agressives... ouai, en bref, les hormones, ça rendrait agressif. Du coup, l'originalité d'un sexe par rapport à un autre là... Je la vois pas.
Et d'ailleurs... les scientifiques et les statistiques non plus : la différence n'est pas énorme eeeeeeeeeet varie en fonction de nombreux facteurs comme l'éducation, le niveau socio-culturel, l'âge...
Autant dire qu'il vaut mieux éviter les liens de facilités, c'est comme ça qu'on finit toujours par raconter des conneries. C'est quand même comme ça que certains ont cru qu'en sacrifiant des êtres humains à la pleine lune, on allait apaiser la colère des Dieux et faire en sorte qu'il n'y ait pas de tempête ou de sécheresse...

C'est chouette : on a fait le tour de la biologie, en tous cas, des connaissances actuelles en la matière. Parce que pour le reste... en dehors du fait que les femmes ont plus de tissus adipeux... Vous pouvez chercher, notamment dans le cerveau... y a pas tellement de différences objectivables.

Beaucoup de personnes pensent que les hommes et les femmes sont différents à d'autres niveaux, qu'on appelle communément le "tempérament" : par exemple, que les femmes sont plus douces, qu'elles éprouvent plus de facilité à  s'occuper des enfants, ou alors que les hommes sont plus agressifs, qu'ils auraient des désirs sexuels très importants...
Dans les faits, les statistiques nous permettent en effet d'observer des comportements en adéquation avec ces éléments. Il est donc vrai que nous observons des comportements significativement différents entre les femmes et les hommes.

Maaaaaiiiiiis... la question, THE QUESTION, c'est en fait de savoir d'où viennent ces comportements.
L'explication par des éléments issus de la biologie, comme nous l'avons dit précédemment, c'est un peu loupé, d'autant plus loupé si on regarde les différences interindividuelles au sein des groupes (donc les différences entre les femmes elles-mêmes, et entre les hommes eux-mêmes). De plus, on ne peut pas en appeler sans arrêt à des différences cérébrales qui n'existent pas en tant que telles (il n'y a que des cerveaux différents, et pas de cerveau masculin ou féminin...).

On étudie ces questions grâce au concept de genre. On essaie donc, à l'échelle des sciences humaines, de comprendre ce qui va influer sur le devenir des garçons et des filles. Pourquoi est-ce qu'on observe des comportements différents d'un groupe à un autre ?
Beaucoup d'études et de sociologues parlent des images qu'ont les parents, des rôles définis pour les garçons ou pour les filles, des jeux qui leur sont associés dès la plus tendre enfance, des tendances qui sont soupçonnés chez eux... et les conclusions sont sans appel : les comportements que NOUS adoptons avec les enfants influent de façon fondamentale sur leur propre comportement. Par ailleurs, nous sommes tous fortement influencés par la société dans laquelle nous vivons.
Par exemple, en France, un enterrement, c'est généralement austère, solennel, triste... Il existe des sociétés où l'approche de la mort est très différente, comme par exemple sur l'île de Madagascar où il est parfois question d'exhumer les corps et de faire une fête en leur honneur... Impensable en France !
Notre approche de la mort est fatalement influencé par ces éléments et les comportements que nos proches nous ont appris (souvent implicitement) à adopter dans ce genre de circonstances.

S'il serait illusoire de nier les différences qui peuvent exister entre les hommes et les femmes, et il serait également totalement vain dans ce contexte de nier l'influence de la société autour de l'individu considéré, qu'il s'agisse d'une femme ou d'un homme.

Il serait d'autant plus stupide de le faire dans la mesure où depuis bien des siècles, les penseurs et les scientifiques reconnaissent l'influence de la culture sur les êtes humains.
C'est l'objet du célèbre débat à propos du clivage entre "nature" et "culture".
Il y a déjà longtemps donc que nous savons qu'il faut séparer la nature de l'être humain, donc son anatomie, ses besoins élémentaires (comme par exemple manger), et ses instincts rudimentaires (saliver en cas d'apparition d'une nourriture potentielle) des éléments culturels (manger à 12h par exemple). Dans ce cadre, Durkheim a bien noté qu'il fallait ajouter à l'hérédité biologique tous les éléments d'un héritage social.

Enfin, Blaise Pascal a mis le doigt sur la difficulté que nous avons à distinguer les éléments venus de notre nature et ceux provenant de notre culture. En effet, si le caractère naturel possède la caractéristique d'être immuable, la culture serait pour lui une "seconde nature" de l'être humain qui lui permettrait de l'acquérir facilement : ne sommes-nous pas des êtres sociaux ? Cette acquisition, si aisée, serait ainsi le fruit d'un apprentissage, et finalement une capacité à faire varier les possibilités en matière de culture.
Pascal parvient ainsi à une conclusion importante dans ce qui nous préoccupe : nous aurions une tendance à penser que ce qui est culturel (et donc relatif à une société donnée) est naturel, dans le but de donner à ces éléments culturel une forme de pérennité.

Oui, il y a donc bien des éléments naturels à prendre en compte (oui, les femmes possèdent un vagin que n'ont pas les hommes, et les hommes ont un pénis que ne possèdent pas les femmes, quoique... des fois avec les désordres de la génétique !) mais il serait parcellaire de ne considérer que cet aspect biologique de leur personne et négliger la particularité principale de l'être humain : ses capacités d'apprentissage.

Et encore une fois, je n'invente rien, je me contenterai de reprendre la célèbre phrase de Simone de Beauvoir : "On ne naît pas femme : on le devient." Non, les femmes ne naissent pas naturellement douées pour faire la cuisine, le ménage, ni s'occuper des enfants : tout cela est le fruit d'un apprentissage et d'un conditionnement que la société nous propose, voire nous impose. Ces éléments sont le fruit d'un conditionnement et d'un apprentissage complexe dispensé par la société et les individus qui composent l'entourage de la personne considérée.
De la même manière, les hommes ne naissent pas naturellement courageux, insensibles, autoritaires, bourrés de désirs sexuels qui les obligent à violer d'autres êtres humains... D'ailleurs, les hommes ne naissent même pas naturellement dominateurs...

Finalement, comme le disait Claude Bernard, ne serait-ce pas ce que nous pensons déjà connaître des femmes et des hommes qui nous empêche d'apprendre à leur sujet ?

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